La fin du Logiciel Libre ?

Je reprends le titre utilisé par Bix dans ce billet sur la loi DADVSI.

Vraiment n’importe quoi. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus des problèmes que peut occasionner cette loi, je vais essayer d’en illustrer avec deux exemples simples : un mondialement connu sur le code développé pour pouvoir lire des DVD sous Linux et un exemple beaucoup plus proche.

Problème

“toute personne contournant, de manière directe ou indirecte, un dispositif sera présumée coupable du délit de contrefaçon (3 ans de prison et 300.000 euros d’amende)”.

Voilà une partie de la loi sur le droit d’auteur et les droits Voisins dans la société de l’information qui concerne très clairement les exemples suivants :

Exemples

Jon Lech Johansen

Un cas très connu qui aurait été directement concerné par cette loi, c’est DVD Jon, un garçon qui voulait lire le DVD qu’il avait acheté avec ses sous, le salop… (Le Cinquième Élément je crois, pour la petite histoire).

Problème : ce jeune homme utilisait alors (et utilise encore) Linux et ne pouvait à l’époque pas lire le DVD puisqu’aucun lecteur ne disposait des codes de décryptage DVD (ce code s’appelle CSS comme Content Scrambling System)…

Passionné d’informatique, il a décidé de chercher à le lire quand même, a fini par réussir et a expliqué publiquement comment faire (je simplifie l’histoire). Pour faire cela, la seule solution existante est la rétro-ingéniérie (je vous laisse suivre le lien si vous voulez en savoir plus sur ce procédé).

Il a été attaqué en justice et cela a occasionné l’un des plus importants procès sur le sujet. Il a été relaxé entièrement le 7 janvier 2003. Il a gagné ce procès contre deux mastodontes, dont la MPAA… Mais l’utilisation de son outil permettant de lire les DVD sous Linux (appelé DeCSS) est pourtant toujours illégale dans certains pays…

Qu’aurait-il dû faire ? Est-ce que le législateur aurait osé lui répondre : “Hep, tu restes tranquille ! Tu achètes Windows, un logiciel de lecture de DVD et tout ce qui va avec hein !”. J’espère bien que non…

Enfin bref, tout ça peut paraître lointain. Si ça vous parait trop lointain, j’ai un exemple beaucoup plus proche

Moi

J’ai acheté à ma copine un double CD de Norah Jones. Après l’avoir acheté, j’ai aperçu un logo au dos du paquet indiquant (de mémoire, je ne l’ai pas sous les yeux) “Protégé contre la copie”.

J’ai payé ce CD. Je ne suis donc pas un voleur. Mais je le promet ici solennellement : si jamais il m’est impossible de le lire sur tous les appareils dont je dispose chez moi (un petit poste cd/radio/mp3, ordinateurs), je n’hésiterai pas une seconde à faire tout mon possible pour faire sauter cette protection afin de pouvoir lire ce CD QUE J’AI PAYÉ !!!.

Robin Nitot

Étant donné que j’ai laissé ce billet en attente depuis déjà un bon bout de temps. Deux ou trois semaines je dirais (cf. billet de bix en référence ci-dessus). J’en avais écrit une bonne partie, mais n’avais pas trouvé pris le temps de le finir.

Entre temps, Noël est arrivé et le fils de Tristan Nitot a eu droit pour Naouëlle à une toute moderne chaîne Hi-Fi, capable de lire des CD, des CD mp3 et tout et tout. Avec cette chaîne lui a été offert un double-CD… Je vous laisse lire la suite de l’histoire chez Tristan

Lecture non garantie sur tous les lecteurs

Une chose absolument incroyable est en train de se produire. Mais bien sûr, elle arrive tellement progressivement que nous ne nous en plaignons que faiblement. D’un standard ouvert grâce auquel il était pourtant initialement possible de faire qu’un CD^[1]^ soit lisible partout, nous sommes en train de parvenir à une aberration qui fait qu’il devient aujourd’hui de plus en plus courant de voir écrit sur les emballlages une mention “Lecture non garantie sur tous les lecteurs”.

Mon analyse du sujet

Eh oui, les CD soit disant protégés contre la copie le sont aussi souvent contre la lecture par un effet de bord inévitable : il est strictement impossible de permettre la lecture de quelque chose et d’en empêcher la copie. C’est logique : une chose que vous pouvez lire est forcément copiable. Tout procédé technique affirmant pouvoir l’empêcher est une blague.

Les “têtes pensantes” de l’industrie de la musique ont sans doute refusé de le croire pendant longtemps, et je pense que c’est cela qui a fait naître un grand nombre de procédés techniques “infaillibles”, cassés en quelques minutes par n’importe quelle personne disposant d’un lecteur CD, désireux de le lire, son CD, le salop (encore)…

Finalement, à force d’échecs sur le plan technique, il ne restait plus qu’une ultime solution : le plan légal.

Vous ne comprenez pas ? Vous allez voir, ce n’est pas compliqué : on vous colle encore un des nombreux procédés techniques de protection contre la copie, cassable techniquement en trois minutes, mais ce coup ci, c’est devenu clairement illégal de la contourner (3 ans de prison et 300.000 euros d’amende, cf. plus haut). Tout simplement génial, non ? Il fallait y penser, bravo à eux !

Mise à jour :

Notes

[1] Notez d’ailleurs que le nom Compact Disc est déposé et que son dépositaire (Philips, semble-t-il) refuse justement qu’il soit utilisé pour des disques mettant en œuvre un système de protection anti-copie. Il est donc théoriquement illégal d’utiliser le terme CD pour parler d’un disque protégé…

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